La coopération Nord-Sud-Nord pour renforcer les mouvements sociaux du Sud

, par Magalie

Quand on parle de solidarité internationale, on parle souvent de quelque chose de descendant, du « Nord vers le Sud » mais en réalité, la coopération internationale se fait de plus en plus dans tous les sens : du Sud vers le Nord, du Nord vers le Nord et du Sud vers le Sud. C’est pourquoi le concept de « Nord-Sud-Nord » de cet atelier a piqué ma curiosité.

L’atelier est organisé par la coopération Suisse avec pas moins de 6 intervenants.

1/ Introduction

La 1ère personne à prendre la parole pour introduire le sujet est un sénateur suisse. En suisse, 0,5 % du PIB est consacré à la coopération internationale. Cette enveloppe est surtout utilisée pour financer les « grosses » associations membres du collectif « Alliance Sud ».

Il présente ensuite l’association E-Changer/Comundo qui a une vision particulière de la coopération : ils travaillent beaucoup par l’échange de volontaires, cela permet de créer un dialogue, l’échange d’expérience…

2/ Une coopération multilatérale

L’intervenant suivant membre d’Unité, une association membre d’E-Changer/Comundo. Il revient sur les objectifs de Développement Durable post-2015 de l’ONU. Pour l’instant, ils ne sont pas clarifiés, mais l’ONU a précisé qu’ils devraient être « universels ». En effet, du fait de la mondialisation, il y a une interdépendance entre les pays, il est donc nécessaire d’agir à une échelle plus large que le pays.

« Il n’y a pas un Sud et un Nord mais des Sud et des Nord dans chaque pays »

Il faut renforcer les liens entre les organisations du Nord et du Sud, et ce de façon bilatérale et multilatérale : il faut promouvoir des échanges Sud-Sud et Sud-Nord pour détourner le modèle patriarcal de la coopération.

3/ Approche historique de la solidarité internationale

L’intervenant suivant est une personne très impliquée dans les mouvements sociaux du Maghreb et dans l’organisation du FSM. Il fait un bref historique de la solidarité internationale :

  • années 60 : la solidarité internationale se résume surtout à la lutte contre la faim ;
  • années 70 : la solidarité internationale prend une dimension politique (soutien des mouvements de gauche notamment) ;
  • années 80 : il y a un essor du micro-crédit, des coopératives ;
  • années 90 : avec l’échec des gouvernements, les ONG se développent (alors qu’avant, l’aide internationale restait très étatique). L’aide au développement est mis en place par ces nouveaux acteurs mais dictées par les institutions internationales ;
  • dans les années 2000 : apparition du mouvement altermondialiste (exemple du FSM).

Les mouvements sociaux du Sud considèrent la solidarité internationale comme de l’assistanat, de la charité alors qu’une vraie solidarité repose sur des valeurs communes et de l’échange. La solidarité internationale doit être réciproque !

Le « développement » doit poursuivre les objectifs suivants :

  • le bien-vivre ;
  • le soutien aux mouvements sociaux dans leurs luttes ;
  • l’accès aux droits fondamentaux.

La Tunisie est un bon exemple : en 2013, le slogan du FSM Tunis était « dignité ». Cette année, le slogan du forum a évolué en « dignité et droits » car suite à la révolution tunisienne, l’accès aux droits fondamentaux a parfois été remis en cause.

4/ La Marche Mondiale des Femmes

La Marche Mondiale des Femmes et un mouvement des femmes victimes de violence. C’est un mouvement qui est parti « de la base ». L’objectif politique de la MMF est de lutter contre le patriarcat, l’oppression, le racisme, le capitalisme.

À partir de 2007, le secrétariat de la MMF s’installe au Brésil.

Pour ce mouvement, la coopération est très importante car elle permet un échange de pratiques, de connaissances, etc. « Nous sommes toutes des femmes », peu importe d’où, peu importe la couleur de la peau, la répression/l’oppression est la même !

La coopération avec Comundo leur a permis d’échanger avec des femmes du Burkina Faso, des Philippines…

Une volontaire d’E-Changer est allée au Brésil pour appuyer le mouvement. Elle a également participé au développement du mouvement en Suisse.

Un exemple de coopération multilatérale est la mise en place de la « batucada » au sein du mouvement. Les batucadas (fanfare de percussions) sont très courantes au Brésil. Cela permet d’apporter de la joie, c’est également une forme d’occupation de la rue. La MMF Brésil a mis en place une batucada et cela a été repris dans beaucoup de mouvements liés à la MMF dans plusieurs pays, du Sud comme du Nord.

5/ Le mouvement des Sans-Terre

« L’internationalisation des pays a entrainé une internationalisation de la pauvreté »

Le Mouvement des Sans-Terre travaille sur la thématique de la reconquête des terres, notamment par le biais d’une réforme agraire. Le MST Brésil est membre de la Via Campesina au niveau international.
Leur moyen d’action consiste à occuper des « latifundio » non productifs pour les cultiver. En parallèle, le mouvement engage une bataille juridique pour que ces familles deviennent propriétaires de leurs terres. Certaines familles restent entre 8 et 10 ans dans cette situation d’attente de droits juridiques. La première étape de reconnaissance de la propriété est « l’asentamiento ». Aujourd’hui, 300 000 familles sont dans ce cas au Brésil.

Le MST développe en parallèle divers axes de travail, sur la production agricole, les relations internationales, la santé, l’éducation...

Ils ont un partenariat avec E-Changer depuis une vingtaine d’années et reçoivent des volontaires de différents pays. Ce partenariat est très important pour eux : cela permet de renforcer les mouvements populaires et la coopération internationale. Ils voient la solidarité internationale comme un moyen de renforcer les liens entre les mouvements et les actions concrètes. Il existe par exemple des mouvements de « sans-terre » au Nord, qui présentent de grandes similarités avec celui du Brésil. Leurs échanges leurs permet de s’enrichir mutuellement.

Le MST Brésil a organisé son 1er congrès en 2014. Il y avait 15 000 militants présents. Leur mot d’ordre pour les prochaines années est « la lutte pour la réforme agraire populaire ».
Ils souhaitent également travailler sur le grand défi de la souveraineté alimentaire, tant en terme de système de production (développer l’agroécologie) que de production à grande échelle pour pouvoir nourrir la population. Cette thématique est également portée par la Via Campesina à l’échelle internationale. Il y a ainsi de nombreuses questions qu’il est possible de développer conjointement au Nord et au Sud.

Un autre exemple de coopération est la lutte contre les multinationales qui exploitent les ressources minières. Des mouvements de victimes sont en train de se former au Sud. C’est important d’accompagner également ce processus au Nord (au siège des entreprises par exemple).

Questions/réponses

Q : Comment le MST est perçu par le gouvernement ? Quels sont ses rapports avec lui ? On entend qu’il y a une diminution de la répression au Brésil ?

R : Sur la question de la répression : Au Brésil, au niveau des Etats (et pas du gouvernement fédéral), le pouvoir juridique est très lié au pouvoir économique. C’est à ce niveau que se situe la répression. Avec la coupe du monde de football, le gouvernement fédéral est intervenu dans la répression. Il y a même eu des cas de « détention préventive » ! On ne peut pas dire que la répression diminue, elle a juste changé de forme et de niveau. Par ailleurs, il y a un processus de criminalisation des mouvements sociaux.

Quant aux relations entre le MST et le gouvernement : le nouveau gouvernement (en place depuis 4 ans) n’a rencontré le MST que lors de son congrès, c’est-à-dire en 2014 (et parce qu’il y a avait 15 000 militants dans la ville !). De plus, la nouvelle ministre de l’agriculture est une des plus grandes ennemies du MST : elle représente l’agro-exportation !

6/ Solifonds

Solifonds est une fondation d’associations et de syndicats suisse qui soutiennent les luttes des femmes et des paysans au Sud. Ils travaillent donc avec des mouvements au Sud mais comptent apprendre aussi de ces mouvements.

« Le Sud retourne au Nord maintenant ! »

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